« Nous ne pouvons pas laisser le Burkina Faso comme étant une platebande où nous passons des armes, de la drogue…. », déclare le Président du Faso à TV5 Monde, RFI et au journal Le Monde

Invité de l’émission « Internationales » du dimanche 05 novembre 2017 avec TV5 Monde, RFI et le journal Le Monde, les questions sécuritaires ont été longuement évoquées. Le Burkina Faso longtemps épargné par les terroristes subit aujourd’hui de nombreuses attaques : le pays est–il en train de perdre une partie de son territoire, notamment le Sahel au profit des terroristes ? Pourquoi le financement de l’opérationnalisation de la force conjointe du G5 Sahel rencontre-t-il des difficultés ? Autant de préoccupations auxquelles le Président du Faso a donné des réponses.
Le Burkina Faso a toujours été salué pour sa coexistence religieuse pacifique. Comment interpréter donc ces attentats ? A cette interrogation, le Président du Faso a qualifié les terroristes de « personnes qui, sur la base d’une conception erronée de la religion, visent non seulement à disloquer les économies des pays, mais à créer le non Etat pour imposer les visions obscurantistes ».
Abordant la question des attaques terroristes qui interviennent de façon récurrente, le Président Roch Marc Christian KABORE a rappelé que le Burkina Faso a été toujours considéré comme un oasis de paix puisque dans toute la sous-région, nous étions le seul pays non touché par les attaques terroristes. « Je dois rappeler que l’ex-Président Blaise COMPAORE a joué des rôles de médiation au Mali qui ont fait que de façon constante nous avons une certaine collusion avec les forces djihadistes qui sont au Mali. Nous, nous ne pouvons pas laisser le Burkina Faso comme étant une platebande où nous passons des armes, de la drogue, où nous faisons des trafics de tout genre. Donc forcément, nous devenons un obstacle pour ces personnes-là. Et de ce point de vue, il est tout à fait normal que le Burkina soit visé. Ce n’est pas une question de capacité des forces d’information de nos services de sécurité, mais c’est plus une question que la collusion permettait de masquer un peu tous ces aspects ».
Au cours de l’entretien, l’on a parlé de renseignement et sur la nomination comme Ambassadeurs ou Attachés de défense de certains chefs militaire de l’armée burkinabè, le Président du Faso a dit que le pays a besoins de renouvellement. « Ceux qui étaient experts hier sont peut être dépassés par l’expertise d’aujourd’hui. Il est donc tout à fait normal que nous rebâtissons une Agence nationale des renseignements qui est conforme au nouveau b.a.-ba dans ce domaine et c’est ce que nous avons fait. Nous avons l’appui des partenaires qui forment et qui nous nous permettent de mettre en place une véritable institution qui va s’occuper des renseignements aussi bien à l’intérieur que du renseignement dans la sous-région ».
Dans cette guerre avec les djihadistes a fait remarquer un journaliste, le Burkina Faso est en train de perdre une partie de son territoire.
Réaction du chef de l’Etat : « Je pense que c’est excessif de dire que nous perdons une partie de notre territoire ou le Nord de notre territoire. Il y a des points de récurrence dans un certain nombre de zones bien limitées dans lesquelles ces problèmes se produisent, mais je peux vous assurer que nous avons malgré les actions spontanées qui sont réalisées çà et là, une bonne maîtrise de notre territoire ».
Abordant la question relative au G5 Sahel, le Président du Faso a souligné qu’il a été mis en place des fuseaux qui concernaient le Mali, le Niger et le Burkina Faso. « Chacun devrait faire en sorte d’assurer la sécurité des frontières. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, nous sommes obligés de faire face à des gens qui nous attaquent sur le premier poste de notre pays et qui repartent au Mali ».
Quelle solution militaire pour lutter contre le terrorisme ? Pour le Président Roch Marc Christian KABORE, dans un premier temps, il faut « accélérer la mise en œuvre de la force conjointe du G5 Sahel. Il faut également mettre en place des projets de développement qui permettent aux gens de se sentir concernés par le développement du pays. c’est pourquoi nous avons élaboré un plan d’urgence qui consiste à la réalisation d’infrastructures socio-économiques dans la région , nous avons essayé de sédentariser les populations avec la construction de barrages et d’autres activités qui permettent de créer du travail pour les jeunes ; c’est pour dire que tout doit être lié : aussi bien l’aspect militaire que celui de l’investissement économique ».
Depuis sa création, la force conjointe du G5 Sahel tarde à être opérationnelle. Un retard lié à des questions budgétaires, pense le chef de l’Etat. « Le G5 Sahel a créé une force conjointe pour mener un combat direct contre les forces djihadistes et les forces terroristes dans la zone. Malheureusement, les résolutions qui ont été adoptées aux Nations unies n’ont pas considéré les forces conjointes du G5 Sahel comme la MINUSMA. De ce point de vue, les Américains qui étaient opposés à cette idée ont considéré que concernant les charges du personnel du G5 Sahel, il appartient aux pays de les assumer. Nous avons dit qu’il serait difficile d’envoyer des troupes combattantes sur le terrain pour défendre notre territoire certes, mais qui sont capables d’agir avec Barkhane sur le terrain dans des zones précises ».
Cela dit, les lignes sont en train de bouger et le chef de l’Etat se réjouit du fait qu’aujourd’hui « l’Union européenne a apporté sa contribution, la France, les pays membres du G5 apportent leur contribution, les Etats unis également et nous attendons la rencontre de la table ronde des partenaires qui aura lieu en décembre à Bruxelles pour voir un peu plus clair dans le financement du G5 ».

La Direction de la Communication de la Présidence du Faso